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Site géologique du domaine viticole du Mas Alart

Ce site fait partie de la zone cartographiée dans la feuille de Perpignan de la carte géologique de France au 1/50 000 (Clauzon et al., 1989).

Le sous-bassement du secteur est constitué par les dépôts du Pliocène continental (pC de la carte, en rose) dont l’âge est approximativement égal ou inférieur à 4 millions d’années si l’on s’appuit sur les études paléontologiques de vertébrés du site voisin de la Serra d’en Vaquer (Deperet, 1890). Ces études ont permis aussi de définir un environnement de type sub-tropical où vivaient crocodiles et tortues géantes. Ce Pliocène est surtout composé de dépôts ocre jaune assez fins de marécages où dominent sables fins et très fins associés à un peu d’argile, toutefois les rivières qui traversaient ces marécages ont localement abandonné des lentilles de sables ou de graviers, témoins d’anciens chenaux de crue. Dans des conditions assez arides, l’évaporation des eaux des marécages a abouti à la précipitation des carbonates de calcium et à la constitution de bancs calcaires, c’est le « tuïre », bien connu des vignerons de la plaine du Roussillon (Giresse et Martzluff, 2016). Ce tuïre qu’il faut parfois contourner ou détruire lors des défonçages ou des labours a été utilisé comme pierre de construction pour les premiers monuments religieux de l’Antiquité tardive et de l’époque romane. Dans le cas précis du domaine du Mas Alart, on retiendra qu’il constitue une source locale de solutions calciques susceptibles d’élever ponctuellement le pH des sols.

La surface (le toit) du Pliocène est assez irrégulière car l’érosion s’est heurté à des accumulations plus ou moins armées par les dépôts grossiers ou plus encore par les bancs calcaires du tuïre. Cette érosion a ainsi progressé en disséquant des buttes plus au moins résistantes, ce sont des buttes-témoins qui constituent les reliefs qui longent plus ou moins le cours actuel de la Têt et notamment sont à l’origine du modelé de la ville de Perpignan avec ses collines de la Serra d’en Vaquer, de la place du Puig, du château de rois de Majorque (Puig del Rey) et de Château-Roussillon (oppidum de Ruscino). En allant vers la mer, on trouve encore les collines de Canet en Roussillon-Saint-Nazaire et du château de l’Esparrou. Plus au sud, près du Mas Alart, d’autres buttes témoins constituent une large part du sous-sol de Cabestany et de Saint-Nazaire.

Vers la fin du Pliocène et le début du Quaternaire, c’est à dire, il y a environ 2 à 1,5 millions d’années, le climat est devenu plus aride et de plus en plus froid. La déflation éolienne s’est intensifiée emportant les particules les plus fines pour aboutir à des concentrations de galets quartzeux, voire de blocs atteignant plusieurs dizaines de centimètres de diamètre. On trouve encore les vestiges de ces accumulations sur les sommets plus ou moins aplanis des reliefs, ce sont les plas du Roussillon (Banyuls de l’Aspre, Ortaffa, Elne pour les mieux conservés). Il est fréquent que ces blocs quartzeux aient été modelés par l’abrasion éolienne qui a sculpté des faces polies séparées par des arêtes émoussées, ces faces sont souvent au nombre de trois d’où le terme allemand de dreikanter pour les désigner (trois côtés). Ces dreikanters ont été ultérieurement remaniés et transportés dans les alluvions du Quaternaire. Malgré la relative proximité des reliefs de Cabestany, les sols du Mas Alart ne semblent pas renfermer ce type de matériau.

Le Quaternaire fût le théâtre à l’échelle planétaire d’un refroidissement progressif du climat, d’abord graduel entre 2,5 et 0,8 Ma, puis plus accentué au rythme des rythmes solaires de 100 000 ans de période. Les périodes les plus froides, dites glaciaires, se caractérisent par la fortes érosion des rivières dont le niveau de base était chaque fois abaissé d’une centaine de mètres. Le régime parfois torrentiel des cours d’eau permettait le charriage de gros galets émoussés issus des montagnes ou plus simplement remaniés d’alluvions antérieures. Les premiers géomorphologues ont cherché à corréler chacune des accumulations grossières abandonnées sur une terrasse à un épisode glaciaire : en fonction des progrès de l’incision, les terrasses les plus vieilles étant alors les plus hautes. Mais en fait, ce schéma est difficile à reconnaître sur le terrain car chaque processus alluvial s’est fait plus ou moins au détriment des précédents dont il ne reste rien sinon quelques résidus.

Pour revenir à la région proche de l’embouchure de la Têt qui nous intéresse, la carte géologique de Perpignan distingue deux dépôts caillouteux étagés de terrasses alluviales quaternaires (en vert sur la carte). La plus ancienne, la plus haute, est cartographiée Fx, on l’observe en couverture des reliefs pliocènes de Château-Roussillon à Canet en Roussillon, au château de l’Esparou, sur les hauteurs de Cabestany et à Saint Nazaire. A Château Roussillon, l’horizon d’accumulation au toit du dépôt est rubéfié, indiquant un lessivage accentué avec concrétions de fer, de silice et d’alumine (sol fersiallitique). Ces dépôts alluviaux dessinent les anciens axes de drainage de la Têt qui se sont déplacés au cours du temps. Leurs cailloutis grossiers et mal classés sont essentiellement de nature quartzeuse à l’exclusion de toute roche plus dégradable (comme les granites ou les gneiss).

Des dépôts alluviaux plus jeunes cartographiés Fy sont considérés comme contemporains de la dernière grande glaciation, c’est à dire à des intervalles compris entre 20 000 et 40 000 ans, voire 80 000 ans. Ce sont ces dépôts alluviaux Fy qui composent les sols du domaine du Mas Alart. Une reconnaissance rapide de la pétrographie des cailloux et galets très émoussés de ces sols permet d’observer l’ubiquité des matériaux quartzeux ou encore des grès ou des schistes silicifiés, compositions qui leur ont permis de résister à l’altération et qui contrôle le pH relativement acide du sol. Les teintes des quartz sont variées : blancs, jaunes, ocres, bleutés ou gris bleu sombre, elles sont souvent héritées de patine superficielle formées dans des sols plus anciens alors que des blocs siliceux gris sombres correspondent à d’anciennes vases marines profondes (composition proches des lydiennes). Malgré un âge plus jeune que celui des alluvions Fx voisines, on ne distingue pas ici de roches dégradables de type granitique ou métamorphique, ce dépôt au vu seulement de ses galets serait difficilement différentiable du Fx. Son identité repose donc sur une altitude légèrement en contrebas du Fx de Cabestany et sur une proportion plus élevée de matières fines amenées par le ruissellement issu des terres plus hautes.

Les cartographes ont aussi distingué à l’est de Cabestany des surfaces CFy1 correspondant à une addition de colluvions et d’alluvions anciennes remaniées sédimentées sur une faible pente. Le domaine du Mas Alart dans sa partie orientale est presque contigu avec ce secteur de processus colluvial. Ces dépôts assez sableux pourraient aussi exprimer des remaniements plus directs des affleurements limoneux du Pliocène voisin.

Enfin, si on considère la position méridionale du domaine à faible distance du bassin versant du Réart, la question se pose du rattachement des accumulations du moins partiellement à cette rivière. Les flux grossiers du Réart se reconnaissent à la présences de schistes, de grès, voire de calcaires issus des Aspres, roches que nous n’avons pas reconnues ici. La relation avec la Têt paraît très probable, tout en précisant que ce Fy du Mas Alart pourrait exprimer davantage des processus de remaniement que des apports directs issus d’un amont lointain…

Clauzon, G., Berger, G., Aloïsi, J.C., Got, H., Monaco, A., Martin-Buscail, R., Gadel, F., Augris, C., Marchal, J.P., Michaux, J., Suc, J.P., 1989. Notice explicative, Carte géol. de France (1/50 000° feuille de Perpignan (1091) - Orléans : Bureau de Recherches Géologiques et Minières, 40 p.

Depéret, C., 1890. Les animaux pliocènes du Roussillon. Mém. Soc. Fr. (Paléontologie), n° 3 , 194 p.

Giresse, P. et Martzluff, M., 2016.Les calcrètes palustres (tuïres) du Pliocène supérieur

de la plaine du Roussillon. Pierres monumentales d’usage historique ancien. Géologie de la France, 1, 7-25.